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l'odyssée des No Tav à Lyon

10 décembre 2012, 10:06am Publié par La coordination des Opposants au Lyon Turin

l'odyssée des No Tav à Lyon

Le lundi 3 décembre, la coordination française des opposants au projet pharaonique Lyon Turin avait organisé un rassemblement, autorisé par la Préfecture, sur la place des Brotteaux, à Lyon…force est de constater qu’il n’était pas le bienvenu, puisque cette même préfecture a envoyé plus de 1000 « robocops » pour « casser du manifestant », venu pourtant paisiblement rencontrer les lyonnais pour les informer.

Pour mieux exercer cette illégitime violence, ces forces de polices avaient, une fois tous les manifestants installés sur la place, fermé tous les accès par de lourdes structures de béton et d’acier, et installé une véritable souricière.

La coordination des opposants avait invité les NOTAV italien, puisque leur lutte est identique, et ceux-ci ont vécu une véritable et violente épopée, qui a été raconté par l’un deux.

Voici son témoignage.

« Si quelqu’un m’avait dit ce qui allait arriver en passant la frontière française du Fréjus, le 3 décembre dernier, je l’aurais pris pour un fou. Ce qui ne serait plus le cas aujourd’hui.

Le Bus « Bussoleno3 » a été arrêté par les CRS français à la frontière pour un contrôle des documents d’identité des passagers. « pas de problème » avons-nous répondu, puisque Schengen n’est plus en vigueur, ils vont nous contrôler comme ils ont l’habitude de le faire, ils vont contrôler tous les passeports et carte d’identité et puis…mais non. Une jeune policière blonde, plutôt menue, avec des feuillets à la main, monte dans le bus, regarde les papiers d’identité des passagers, note quelques noms et descend du bus pour y remonter immédiatement après s’être fait réprimandée par certains de ses collègues. De nouveau dans le bus, elle note cette fois-ci tous les noms des passagers, y compris celui d’une petite fille de 6 ans.

Nous nous disons alors : « nous allons bientôt partir », mais non, nous sommes bloqués par plusieurs policiers qui encerclent le bus. Vu qu’il y a plusieurs personnes âgées dans le bus, nous demandons alors qu’elles descendent du bus pour se dégourdir les jambes et aller aux toilettes. La réponse est « un moment, encore un moment »…entre un moment et l’autre, nous sommes restés bloqués à la frontière 2 heures et demie. Exténués, nous décidons d’ouvrir la porte arrière du bus. Nous descendons rapidement par petits groupe pour aller aux toilettes. Les policiers, surpris, nous intiment de nous arrêter puis finissent par nous courir derrière. Nous continuons à nous diriger vers les toilettes où nous retrouvons un journaliste italien à qui nous exprimons toute notre « gratitude » et qui nous apostrophe avec un « vous êtes méchants » et aussi un policier plutôt mal à l’aise.

Nous faisons ce que nous devons faire, c'est-à-dire que nous allons à tour de rôle aux toilettes, puis nous revenons vers le bus où les policiers nous accueillent de très mauvaise humeur, certains agents se mettent à bousculer des personnes, ceux qui étaient remontés dans le bus décident alors de redescendre pour protéger leurs compagnons malmenés par les forces de l’ordre, mais ils sont brutalement repoussés à l’intérieur du bus, matraques à la main. Nous remontons dans le bus et comme par enchantement, ils décident de nous laisser repartir. Le bus repart enfin rejoindre les autres bus qui avaient été libérés peu de temps avant le notre.

Nous rejoignons les autres bus sur le parking du premier Autogrill et nous attendons les autres bus encore arrêtés à la frontière. Il semblerait qu’ils ne veulent pas les laisser repartir, quelqu’un dit « ils veulent les garder ». Après une brève assemblée nous décidons que s’ils ne sont pas libérés rapidement nous nous ferons « voir » sur l’autoroute. Le temps d’en parler, de déplier la banderole, nous recevons la nouvelle par téléphone : « ils les ont laissé partir »…bien ! nous pouvons y aller.

Nous repartons tous ensemble dans une journée grise, nous découvrirons plus tard combien cette journée sera noire ! C’était un voyage plutôt ennuyeux qui s’annonçait, mais le fait d’être finalement sur la route de Lyon motive les troupes. Il y a ceux sui dorment, ceux qui discutent, ceux qui téléphonent, ceux qui jouent.

Les No Tav sont enfin en voyage.

Il est environ 13h30, le bus ralentit aux abords d’une aire de repos. « Ouf, on va pouvoir descendre un peu se dégourdir les jambes et ceux qui en ont besoin pourront aller aux toilettes ». contre ordre, il faut remonter dans le bus, ordre de la police ! « ce n’est pas possible ! encore ! vos papiers ! vos papiers ! mais vous nous les avez déjà contrôlés nos papiers !

Nous décidons alors de descendre immédiatement des bus pour ne pas nous retrouver encore une fois prisonniers de nos sièges. Nous essayons de nous déplacer sur l’aire de repos, mais ils sont trop nombreux (ndlr les policiers) nous comptons au moins une vingtaine de fourgons et un nombre incroyable de « robocops » gigantesques qui sont de très mauvaise humeur. Pour quelle raison ? pour nous empêcher d’aller aux toilettes ou de fumer une cigarette ?non ! Pour nous empêcher d’aller à Lyon où les opposants français au LGV Lyon-Turin nous attendent. Quelques bousculades, quelques coups de matraques gratuits et nous remontons dans les bus quand on nous avertit qu’ils nous laissent repartir, semble-t-il. Le premier bus repart et il aussitôt arrêté. Le commandant, un gendarme souriant, attend le laissez passer de la préfecture, il rit et sourit, « allez, allez, c’est vrai… » répète-t-il. A ce moment la, oui je l’avoue, j’ai eu l’impression qu’il se moquait de nous ! En attendant, nous avons encore perdu une heure et demie.

Nous voila enfin repartis, suivis de près par un hélicoptère de la gendarmerie qui nous survole et nous accompagne à Lyon. Nous apercevons les fourgons de la police et des policiers des la périphérie lyonnaise postés sur des ponts qui enjambent la voie rapide. Nous entrons dans un Lyon immergé dans son train-train quotidien et qui ne semble pas frémir pour la rencontre Hollande Monti. A un feu rouge, 2 hommes occupés à mettre en place une vitrine nous regardent et scrutent nos visages se demandant qui nous sommes. Je crois qu’ils ont dit à peu près ça : « mais les No Tav italiens ne sont-ils pas moches, sales et méchants ? ». un peu plus loin, je lève les yeux vers une fenêtre au 1er étage d’un immeuble et je vois une petite fille qui nous salue avec sa main. « nous ne sommes pas si méchants que ça alors ! » me suis-je dit en pensant au journaliste italien planqué dans les toilettes de la frontière.

Nous dépassons encore deux feux rouges, et voilà les premières motos de la police qui nous indiquent la route à suivre (nous découvrirons après qu’ils nous conduisent dans le zoo où ils nous enfermeront).

Nous arrivons enfin sur la place des Brotteaux vers 15h. Nous retrouvons les opposants français au projet LGV Lyon-Turin, des opposants au projet de l’aéroport de Notre Dame des Landes, Luca et Emmanuela, les feux d’artifice en plein jour, nous sommes enfin accueillis et nous sommes les bienvenus.

Les bus sont garés sur le parking de la place et nous nous rendons alors compte que nous n’irons nulle par ailleurs parce que la place a été immédiatement fermée par la police après notre arrivée. Tout le quartier est fermé, les magasins et l’entrée du métro ont baissé leurs rideaux, seuls un bureau tabac, un restaurant et un bar sont restés ouverts.

Ce n’est pas grave. Nous saluons les français qui nous accueillent chaleureusement avec une bonne soupe chaude, du thé, du café. Nous en profitons pour échanger quelques mots avec les amis rencontrés lors de précédents manifestations. La Bande No TVA se met à chanter l’hymne « à Sara dura » en version internationale. UHF, ça fait drôle » me suis-je dit en regardant autour de moi et alors je me rends compte qu’on n’est pas nombreux : 600 personnes sont arrivées en bus d’Italie, d’autres sont arrivés en voiture, nous sommes environ 1 millier sur la place, ce qui signifie que les français sont 300 ; guère plus, et surtout des jeunes.

Nous parlons aux manifestants grâce à l’installation de Luca et Emmanuela et nous décidons d’organiser un petit défilé accompagné de quelques pétards et de quelques feux d’artifice, je tiens à préciser que certains les confondent avec des grenades, des bombes atomiques ou thermonucléaires, mais il s’agit seulement de pétards et de feu d’artifice.

Nous essayons de négocier pour le défilé, faire au moins le tour du pâté de maison, avec la police française, car il y a aussi la police italienne en civil, la Digons que nous reconnaissons immédiatement même s’ils disent « bonjour » oui, c’est ça ! « Bonjour » !

Nous essayons de négocier, mais rien à faire. Portes fermées, rideaux baissés, et de plus en plus de CRS autour de la place. Avec le soir qui tombe, ils semblent encore plus inquiétants, on dirait des robots. Il n’y a rien à faire, alors des mains commencent à taper sur les grilles, quelques-unes au début, puis de plus en plus, un tam-tam qui ressemble à un rite antique, j’oserais dire, vu que nous ne pouvons rien faire d’autre, peut-être accepteront-ils au moins ça. Non, même pas ça. Les premiers jets de gaz au piment et au poivre arrivent sur les manifestants. Les gens reculent, les yeux et le nez qui brûlent.

Nous rentrons dans le seul bar ouvert, pour boire. C’est un beau bistro, il y a une queue interminable devant les toilettes (les seules autour de la place) le comptoir est plein de gens et toutes les tables sont occupées. Le patron et les 2 serveuses sont très gentils et font ce qu’ils peuvent. Je leur dit en plaisantant : « les italiens sont terribles » mais le patron me répond : « non, non, ce sont les français qui sont terribles » et il m’explique que dès le matin, la police lui a imposé de fermer son bar et de rentrer ses tables, mais il a refusé en disant que s’il y avait des gens, alors, justement, il serait resté ouvert. Va savoir comment ça s’est passé avec la police. J’espère bien.

En sortant du bar, je m’aperçois que les opposants sont en train de se regrouper de l’autre côté de la place, là où se trouvent les bus. Un opposant m’explique qu’il valait mieux remonter dans les bus parce que la situation était tendue et semblait s’aggraver. Je m’approche de « Bussoleno3 » et je retrouve Marina qui gentiment, comme toujours, m’offre à manger. Nous grignotons ensemble un morceau de pain et un bout de fromage et au mieux de tout ce merdier, je leur trouve un goût extraordinairement bon. Maurizio me rappelle les affiches pour les 8 décembres, il me les donne et je monte dans le bus.

Le bus commencent alors à bouger et à se mettre en file indienne pour le départ. Les gens montent, s’encouragent, discutent de ce délire, mais à un certain moment ils se demandent : « et les français ? Comment vont-ils faire pour sortir de la place ? ». Il semblerait en effet que la police veuille seulement faire partir les italiens, les autres, les français restent bloqués là. Nous ne pouvons les laisser seuls, avons-nous pensé. Chez nous, il y a un dicton : « on part et on revient ensemble » et j’ajoute, « toujours, même en france ». La tension est maintenant palpable, et cette journée noire nous a fatigués.

Nous essayons de comprendre ce qui se passe et puis nous ouvrons la portière du bus pour laisser monter 5 jeunes. Ils sont français et ils ont vraiment peur. Nous aurions tous eu peur à leur place. Nous leur laissons des places assises pour tromper les policiers qui les cherchent et qui encerclent maintenant le bus.

Le bus devant nous a réussi à avancer, le notre non. En même temps nous voyons que d’autres italiens sont descendus des bus pour aider les français. Nous ne pouvons plus descendre de notre bus car un cordon de policiers bloque les portières. Nous nous faisons du souci pour les 5 jeunes et pour nous aussi, car les nouvelles qui nous arrivent sur les portables parlent de charges, de jets d’eau sur la place, et aussi de gaz lacrymogènes à l’intérieur de certains bus.

Nous sommes bloqués en attendant que la police reçoive des ordres d’en haut. Je regarde dehors, au-delà des policiers, et je vois des lyonnais qui se foutent complètement de ce qui se passe à quelques mètres seulement d’eux.

Ils continuent leur shopping, marchent sur les trottoirs et ils n’ont même pas la curiosité de se demander ce qui est en train de se passer. Un autre monde…comme dit un ami : « les enfants…faites l’autruche, car dehors le monde est moche !!! ».

Ils nous laissent enfin partir, mais dans le bus derrière nous se déchaîne un échange de paroles entre les opposants italiens et les policiers postés devant la portière, quelques coups de matraques et la porte se referme. Nous partons escortés par les motos de la police mais des que la moto derrière nous disparaît, nous nous arrêtons à un arrêt bus et nous laissons descendre les amis français qui l’ont échappé belle. Nous repartons mais le dicton « on part et on revient ensemble » est toujours valable. Nous décidons alors de nous foutre de la moto qui nous précède, nous mettons le clignotant et zac, nous tournons au feu rouge en nous dissimulant derrière le terminus d’un tram qui attend de repartir. Le policier de la moto s’en aperçoit, mais c’est trop tard et il ne peut pas revenir en arrière. Nous ne pouvons pas retourner en arrière nous non plus, cela aurait été suicidaire. Nous décidons d’attendre d’avoir des nouvelles.

Enfin, nous recevons un appel qui nous rassure, les bus partent maintenant, avec des policiers à bord, casques, boucliers et matraques. Dans un bus, ils ont même aspergé des gaz lacrymogènes, les gens se sentent mal, mais il semble que c’est encore le moins pire qu’il pouvait arriver. Nous continuons jusqu’au premier Autogrill. Nous nous arrêtons et nous en profitons pour manger quelque chose. Il commence à faire très froid. Pendant que nous scrutons l’autoroute en attendant nos compagnons : « alors, ils arrivent ou pas ? », nous voyons arriver une file de motos avec gyrophares et derrière nos bus en file indienne, entourés par une cinquantaine de fourgons de police. Nous remontons rapidement dans le bus et nous partons nous aussi. C’est maintenant nous qui escortons la police !!

Nous arrivons enfin à un péage. Les bus s’arrêtent et les policiers descendent rejoindre leurs collègues et rentrer à Lyon. Notre bus passe à coté d’eux et met les gaz comme pour dire : « la Valsusa n’a pas peur ! ». Nos compagnons dans les autres bus vont bien, ils puent les gaz lacrymogènes mais ils sont sains et saufs. Nous pouvons enfin rentrer.

Je crois que je n’ai jamais douté de la france, même si parfois elle ne m’a pas été particulièrement sympathique, mais cette fois je me suis rendu compte que « liberté, égalité, fraternité » sont des mots vides, mis là pour couvrir le visage sale d’une nation capitaliste, colonialiste et impérialiste. Mais elle aussi se retrouve le dos au mur, tout comme nous.

Signé : Mario Solara, qui ajoute : « j’ai choisi d’écrire france avec un f minuscule comme sa démocratie et son respect le méritent ».

Comme dit mon vieil ami africain : « là où est le cœur, les pieds n’hésitent pas à aller ».

L’image illustrant l’article vient de « lechatnoiremeutier.wordpress.com»

Olivier Cabanel

pour ouvrir les liens proposés il faut aller sur celui-ci

On peut participer au débat sur la page FB des opposants au projet sur ce lien

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